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Librement inspiré de L’Enfant brûlé de Stig Dagerman

Création 2023


Conception et Adaptation
Noëmie Ksicova
Jeu
Lumir Brabant Théo Oliveira Machado Antoine Mathieu Cécile Péricone Un chien
Scénographie
Anouk Dell’Aiera
Compositeur
Bruno Maman
Son
Morgan Marchand
Lumières
Annie Leuridan
Régie Générale
En cours
Administration
Sarah Calvez
Production, Diffusion, Presse
Carole Willemot / Altermachine
Production
Compagnie Ex-Oblique
Coproduction
En cours
La MCA d’Amiens
Le Phénix à Valenciennes

Ça se passe sur neuf mois et quatre saisons.
Ça se passe dans un appartement, dans la rue, dans un cinéma, sur une île, dans un cabanon sur cette ile, dans l’eau, sur un lac gelé.
Janvier. Une femme meurt à trois heures. Elle s’est effondrée devant une boucherie où elle allait acheter de la viande. Elle s’appelait Alma. Nous sommes en Suède, la neige est partout. Son absence prendra un poids que sa présence n’avait pas. Elle avait un mari Knut. Elle avait un fils Bengt. Il a 20 ans. Il pleure beaucoup. Le père lui, ne pleurera pas. Le fils aime le père, il le déteste aussi.
Le fils aime sa fiancée, Bérit, elle le dégoûte aussi. Elle a toujours froid, souvent mal à la tête. Un soir, il la violera. Elle continuera à rester près de lui.
Bengt suit en cachette le père qui marche la nuit dans les rues enneigées.
Un jour, le père revient avec un chien.
Le père n’aimait plus la mère, il aime une autre femme Gun. Elle a l’âge qu’avait la mère, elle n’a pas d’enfant. Le chien est à elle. Bengt le comprendra plus tard. D’ailleurs, il violentera le chien. Il le tuera aussi. Il le noiera dans la mer.
Un jour, le père organise une rencontre entre Gun, Bengt et Bérit. Gun porte une robe qui appartenait à la mère. Cette robe, c’est le père qui lui a offert. Le fils déteste cette femme. Il la hait. Plus tard, le fils et Gun feront l’amour, ils adoreront faire l’amour. Ils deviendront amants. Elle l’aimera comme un homme mais aussi comme on aime un enfant. Il l’aimera comme on aime une mère. Une mère avec laquelle on ferait l’amour. Il continuera à la haïr parfois. Une nuit il la frappera.
Un autre soir, pendant un dîner, il se tranchera les veines devant Gun, Berit et le père avec le couteau du père qui l’utilisait pour s’éplucher une pomme. Il ne mourra pas. Le père s’occupera du fils convalescent, Bérit aussi, Gun aussi quand le père et la fianc se seront absentés..
Blotti contre elle comme un fils contre sa mère il murmurera « Maman ».
Le téléphone sonnera dans la maison. Ce seront le père, puis Bérit qui tenteront de les joindre. Ils ne décrocheront pas.

Notes d'intention
Début du mois de mars 2020. Je rentre chez moi pour deux jours, Loss vient d’être créé.
Poursuivre le travail avec l’équipe de Loss. Je les aime, j’aime leurs corps sur un plateau. Prolonger ma route avec eux. Chercher pour eux.
L’Enfant brûlé de Stig Dagerman. Écrit en 1948.
Livre lu, relu, corné, souligné, abimé pas oublié. Une évidence.
Etre fidèle à ce roman tout en étant fidèle à mes nécessités de dire.
De la neige. Du froid.
Films de Bergman, de Tarkovski. Kieslowski surtout.
De la musique. Vraiment de la musique. Preisner.
Un huis clos familial aride, perdu dans des paysages sans fin.
Envie d’horizon dans une salle de théâtre. Imaginer ça.
Un horizon sans fin et en même temps un enfermement très fort. Peut-être justement par cet horizon sans fin. Imaginer un espace, un moment où serait autorisé un rythme différent de celui du reste du monde. Le mien et celui de ceux qui l’accepteraient dans le présent d’un moment qui se passerait dans un théâtre.
C’est l’histoire la plus trouble que j’ai été amenée à lire.
Ce n’est pas mon histoire mais l’impression d’être à poil comme jamais en racontant cette histoire là justement. Partir de ça.
Une épopée des sentiments les plus profonds. Un zoom macro.
Une histoire aussi. Une histoire qui happe.
Penser à un spectacle.
Un spectacle qui serait un voyage mais aussi une expérience physique. Rendre sensible la force des éléments (vent/froid/neige).
Un spectacle sur c’est quoi être vivant. Comment rester vivant. Est ce que pour devenir un adulte il faut renoncer? Un spectacle sur une douleur : On assiste à l’idéal de l’enfance perdue, à sa disparition.
Un spectacle qui interroge sur comment le passé est une mémoire sensible qui revient sans cesse et travaille le présent et qui demande aussi si quand on aime quelqu’un ce n’est pas que de la réparation, le vide de quelqu’un d’autre qu’on remplit? Si aimer finalement ce n’est pas que ça.
Des images qui surgissent.
Mon père est mort de maladie. Une maladie qui a duré longtemps. Une maladie qui faisait qu’il est tombé dans le coma. Dans sa chambre en réanimation, mon seul lien à lui était sa main. Je la lui prenais des heures, quotidiennement, je la caressais, j’avais appris à connaitre le moindre détail de ses veines de ses phalanges, de ses ongles. Je rentre chez moi, la nuit, je me blottis contre le corps de l’homme qui partage ma vie, sa main est dans la mienne et je ne sais plus si son corps contre le mien est véritablement le sien ou celui de mon père. C’est vertigineux, malsain, indicible. Je rejette ces pensées, elles reviennent inexorablement pendant de nombreuses nuits.
Chercher les zones de friction entre les nécessités de Dagerman et les miennes et explorer comment sortir parfois de cette fiction pour que mes récits propres puissent exister aussi.
Aussi, surtout, ça parle d’un enfant que la mort de sa mère sacrifie. D’une certaine manière c’est ça. La mère meurt et l’enfant est sacrifié. Et cette question là me serre le ventre et si ça me serre tant que ça je dois creuser dans cette direction.
Le Stabat Mater de Pergolese.
D’autres images aussi. Le vent, la neige, le ressac de la mer. Faire exister ces choses là sur le plateau.
La trace des morts
Des rues enneigées.
Le froid.
La fin de l’adolescence. La non compromission encore pour un moment.
Avant de devenir un vrai adulte.
Se garder de tout romantisme. Surtout celui de la jeunesse car si romantisme il y a il n’équivaut à rien d’autre qu’à un romantisme de l’inexpérience.
Ne pas oublier que L’Enfant brûlé parle aussi de l’art de se mentir à soi-même.
Les ravages de la passion.
Oser dire ce que jamais on ne dit. Ce qu’il y a de plus sale. Et finalement pas si étranger.
Une île. On peut dire un archipel aussi. En hiver puis en été.
La mer où l’on se baigne. Où l’on se désire. Où l’on se déchire. Où l’on tue aussi.
Des lettres qu’on écrit, qu’on s’écrit à soi même qui séquenceront le spectacle. Garder parfois les mots de Dagerman. Parce que c’est très beau. S’autoriser l’éloignement aussi. La parole vivante des comédiens. Travailler comme j’ai toujours travaillé. S’imprégner tellement de cette langue qu’on peut s’en éloigner. Qu’on a le droit de s’en éloigner. Il le faut. Garder vivant le plateau.
Des séquences comme des tableaux.
Un défi scénographique. Dans un espace plusieurs espaces. Pas de changement de décor.
Un spectacle avec un chien. Un vrai chien.
Des corps qui s’aiment, qui se déchirent, qui se violentent. Montrer ça. Comme on pourrait le montrer au cinéma.
Faire un théâtre vivant, de l’instant. Faire un théâtre pour voir ceux qui sont au plateau. Toujours au centre. Faire un théâtre où les images restent comme des phrases qui s’accrochent. Faire un théâtre pour sauver. Pour me sauver encore.

Calendrier prévisionnel

Avril 2021 : Résidence à La Chartreuse / Villeneuve les Avignon
Octobre 2021 : Résidence en Suède
Janvier 2022 : Résidence à la Compagnie de l’Oiseau Mouche
Juin 2022 : Résidence
2023 : Création